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6 de 11. Comment éviter les surprises du pacte

La constitution d’un pacte entre les partis souverainistes du Québec pourrait réserver quelques surprises au terme d’une élection décisionnelle à double majorité. Ignorer cette réalité ne serait pas faire preuve d’honnêteté envers ceux et celles qui souhaitent voir le Québec devenir un État en ayant recours à ce moyen. Deux situations causant problème pourraient survenir: 1) l’obtention d’une majorité absolue (50 % +1) sans une majorité de députés élus; 2) l’élection d’une majorité de députés sans l’obtention d’une majorité absolue des votes exprimés en faveur des candidats associés au pacte. Après avoir identifié les problèmes qui en découlent, nous conclurons en identifiant des façons de les contourner.

1. Les problèmes

a) Majorité absolue des voix sans une majorité de députés élus

L’on ne peut nier qu’il soit possible que la division des votes entre les partenaires souverainistes, dans certaines circonscriptions, permette à un candidat fédéraliste de l’emporter. Cela peut se présenter particulièrement dans les contés où les luttes ont toujours été serrées entre les candidats souverainistes et les candidats fédéralistes. Ça peut aussi être le cas là où les partis favorables à l’indépendance reçoivent un support important des électeurs. Aussi est-il pensable qu’un soutien majoritaire en faveur de l’indépendance du Québec ne conduise pas à l’obtention d’une majorité d’élus.

Que faire alors si une majorité absolue de Québécois décident démocratiquement de doter l’Assemblée nationale d’un statut national, et que le résultat du scrutin attribue plus de députés au Parti libéral ? Voilà une distorsion électorale qui gênera davantage les élus fédéralistes que les députés souverainistes. Comment en effet gouverner en faisant fi de la volonté souverainiste des Québécois ? Un gouvernement libéral ne pourra certainement pas interpréter pareil verdict comme un mandat de renouveler le fédéralisme canadien, car le peuple québécois aura fait le choix de dénouer autrement l’impasse politique qui perdure depuis trop longtemps.

Deux options se présenteront aux élus : déclencher des élections ou respecter le choix populaire et enclencher le processus de transition afin d’éviter que ce soit la rue qui le mette en branle pacifiquement. Il n’est pas farfelu de penser que les Québécois décident d’agir comme d’autres sociétés démocratiques l’ont faite récemment, lors de situations similaires.

b) majorité d’élus indépendantistes sans majorité absolue des votes

Que faire si les partis souverainistes signataires du pacte raflent une majorité de sièges mais ne parviennent pas à recueillir 50% + 1 des suffrages exprimés? Cette autre situation singulière peut également advenir à la suite d’un scrutin décisionnel dans le cadre d’un pacte. Dans un tel cas, deux issues sont envisageables.

La première, la plus connue, car elle s’est déjà présentée, serait de former le gouvernement sans proclamer l’indépendance du Québec. Les élus pourraient entamer le travail de transition devant mener à l’érection d’un État souverain en adoptant des lois en conséquence et, le cas échéant, entreprendre des négociations avec Ottawa au sujet de la dette et des actifs québécois du gouvernement canadien. Il ne faudra pas se surprendre de voir l’État fédéral refuser de participer à un exercice semblable, encore plus de cautionner des lois qui créeraient des pouvoirs que n’a pas l’Assemblée nationale en vertu de la constitution canadienne, rétorquant que les Québécois n’ont pas donné le mandat à l’Assemblée nationale de faire de telles lois et d’amorcer de telles discussions. Il en découlera un affrontement et le gouvernement souverainiste à Québec devra être prêt à déclencher, au moment propice, une nouvelle élection décisionnelle en misant sur le refus du Canada de laisser le Québec adopter certaines mesures qui mettraient un terme à l’érosion de sa différence.

Avec des souverainistes au pouvoir, Ottawa pourrait aussi offrir quelque chose de substantiel aux Québécois pour éviter qu’ils soient nombreux à lui tourner le dos définitivement. S’il le fait, sa proposition ne concernera que des domaines associés à la souveraineté interne du Canada, donc sans incidence sur sa souveraineté externe (participation aux organismes internationaux, armée, signature d’ententes internationales, et cetera). Elle placera toutefois les élus indépendantistes devant l’obligation de composer avec cette offre, ce qui pourrait aussi déboucher sur une élection décisionnelle.

La deuxième issue, moins connue mais praticable, consiste à affirmer le pouvoir législatif et à refuser d’assumer le pouvoir exécutif. Les indépendantistes, ayant le contrôle du pouvoir législatif, pourraient adopter une modification du système électoral et voter des lois porteuses de l’affirmation du peuple québécois dans les domaines jugés appropriés. Il reviendrait au pouvoir exécutif de les appliquer. Cette issue suppose que les fédéralistes, qui sont minoritaires en nombre, acceptent d’assumer le pouvoir exécutif. Ils devront alors composer avec le législatif ou opérer sans lui, ce qui est possible. S’ils refusent, il y aura une autre élection décisionnelle.

2. Les façons de contourner ces problèmes

Comment éviter l’un ou l’autre de ces problèmes ? La possibilité d’obtenir une majorité de votes sans une majorité de députés peut être amoindrie et rendue improbable à la suite d’ententes entre les partis et les candidats indépendantistes, notamment dans le cas des comtés favorables à l’indépendance à l’intérieur desquels un mince écart entre les adversaires risquerait de permettre la victoire des fédéralistes, à la suite d’une division des votes entre les candidats indépendantistes. Ces ententes devraient comprendre la création d’une instance commune chargée d’assurer le suivi du pacte et de définir les modalités de participation de chacun des partis à l’édification du pays du Québec. Parmi ces modalités, certaines devraient préciser les procédures à suivre dans les comtés à risque. Idéalement, dans ces comtés, un seul représentant souverainiste doit briguer le siège. Des sondages internes et des échanges avec les partis et les candidats en lice devraient conduire à identifier le candidat le plus apte à recevoir l’appui de l’ensemble des électeurs souverainistes, toutes tendances idéologiques confondues. En cas de mésentente, il reviendrait à l’instance commune de trancher. Cela étant, rien n’empêcherait chacun des partis signataires du pacte de faire valoir leurs projets respectifs de société.

L’obtention d’une majorité d’élus sans une majorité de votes peut être évitée seulement par une mobilisation des forces indépendantistes. Tout le secret est là. S’il y a un pacte entre ces forces et mise en place d’une plate-forme électorale commune pour fonder le pays du Québec, il y aura mobilisation en conséquence et celle-ci s’accentuera dès que des accords se concrétiseront dans les comtés favorables à l’indépendance du Québec parce que le peuple québécois découvrira que ses intérêts supérieurs sont en cause et qu’il y a accord entre des forces politiques pour les affirmer. En sollicitant prestement l’aval des Québécois de manière solennelle, les partis politiques signataires du pacte auront cette fois toutes les raisons de croire qu’ils obtiendront la majorité absolue des voix.

Commentaires

Re Bravo !

b) majorité d’élus indépendantistes sans majorité absolue des votes

Malheureusement, le parti au pouvoir serait dans l'obligation de faire "de la gérance provincial".

Qu'à cela ne tienne. Avec l'instauration permanente du pacte pour l'indépendance, le peuple pourrait voter pour la souveraineté à tous les 4 ans.

Donc, le parti souverainiste au pouvoir aurait l'obligation de gérer le Québec-province, malheureusement, il ne pourrait faire aucun geste pour la future souveraineté mais pourrait toujours bien en faire la promotion et faire passer des lois en ce sens tout en respectant le choix des électeurs de ne pas poser de gestes de rupture avec le canada.

Dans certains états en quête d'indépendance, des partis ont déjà fait un "pacte pour l'indépendance". On n'a qu'à penser à la "Green Coalition" à Taïwan ou à la coalition indépendantiste (3 partis: Sjálvstýrisflokkurin, Tjóðveldisflokkurin et Fólkaflokkurin) des îles Faroe. Dans ces deux cas toutefois, le système politique encourage tout naturellement les coalitions de partis et les gouvernements minoritaires sont interdits. Pourrions-nous effectuer une réforme en ce sens au Québec?

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