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11 de 11. Le pacte, plus qu’un projet mobilisateur : un moteur

L’indépendance du Québec se réalisera lorsqu’une majorité de citoyens signifieront avec détermination leur volonté de se doter d’un pays, ce qui implique que les militants indépendantistes se mobilisent et que leur volonté se manifeste en dehors des scènes de théâtre comme l’a bien mis en évidence Marcel Lefebvre. Pour y parvenir, c’est le désir d’accéder à l’indépendance qui doit servir de moteur principal plutôt qu’un projet de société. Pour les Porteurs du pays, la création d’un nouveau véhicule est essentielle à l’activation de ce moteur. Aussi estiment-ils qu’un pacte est de loin le meilleur véhicule pour faire valoir le projet de pays. Il permet de réaliser l’union des indépendantistes, raffermit leur détermination et augmente l’enracinement du projet d’indépendance, jusqu’à la reconnaissance de l’État souverain du Québec sur la scène internationale. Chacun à leur façon, les auteurs des textes ici regroupés ont abordé l’un ou l’autre de ces thèmes. Voyons ce qu’il en ressort.

L’union des indépendantistes

Le premier thème a trait au caractère incontournable de la mise sur pied d’un pacte. Les indépendantistes se retrouvent dans divers partis et n’ont pas de liens politiques entre eux. Établir ce lien pour réaliser l’objectif de fonder le pays devrait déboucher sur la prise du pouvoir à cette fin. Ce lien doit être souple, ouvert mais aussi mobilisant et décisionnel.

La souplesse permet une concertation efficace entre les promoteurs du pays. Ce genre de pacte implique une ouverture. C’est ce qui explique pourquoi les Porteurs du pays ont imaginé une instance commune au sein de laquelle les délégués des partis politiques occuperont une place déterminante mais devraient s’y retrouver aussi des représentants d’organismes indépendantistes, des candidats indépendants et des individus réputés pour leur engagement en faveur de l’indépendance du Québec. Cette composition originale permettrait une bonne représentation des différentes tendances politiques, le respect des cultures de parti et une participation populaire. Grâce à cette instance, le signataire du pacte, qu’il soit du Parti québécois, de Québec solidaire, candidat indépendant, dissident de l’Action démocratique du Québec, membre du Parti Vert, saura que son action s’inscrit dans un projet collectif ouvert et n’est pas l’affaire d’un seul parti, ce qui aura un effet mobilisateur. Avec un pacte de la sorte, ce n’est donc plus un parti qui se présente devant l’électorat, mais un regroupement d’indépendantistes devant le peuple québécois qu’ils invitent à leur donner le mandat d’instituer leur État souverain. L’instance commune devra avoir un pouvoir de décision, notamment lors du choix des candidatures dans certains comtés et tout au cours du déroulement du processus menant à la reconnaissance du Québec comme État souverain.

Une détermination raffermie

Ce pacte est plus qu’un véhicule de regroupement des forces indépendantistes. Il doit conduire à la prise du pouvoir, mais pas pour gérer une province. Voilà pourquoi les Porteurs du pays valorisent une approche électorale décisionnelle, c’est-à-dire une élection au cours de laquelle les candidats et candidates indépendantistes s’engagent à faire le pays s’ils obtiennent une majorité des votes exprimés, ce qui devrait conduire, à l’aide de l’instance commune, à l’élection d’une majorité de parlementaires. Cette approche renverse complètement la dynamique actuelle et avantagera les promoteurs du pays. Avec elle, pas de perturbation d’un référendum par l’État canadien. Avec elle, obtention d’une légitimité pour instituer l’État souverain du Québec et affirmation de cette légitimité sur la scène internationale. Avec elle, point déterminant, renforcement du lien unissant les élus indépendantistes de toutes tendances, les représentants d’organismes et les citoyens. Avec elle, affirmation démocratiquement balisée de l’autorité du peuple québécois. Ces idées, développées surtout par Patrice Boileau, Claude Bariteau et moi-même, révèlent la pertinence d’un tel pacte.

Dès lors, l’élection décisionnelle fera place à une implication massive des militants, notamment ceux de longue date, qui verront là l’occasion de se mobiliser, car ce qui sera en jeu ne sera pas le sacro-saint débat sur l’échéance référendaire, ni un discours provincialiste éculé. Il en sera de même pour les plus jeunes qui s’impatientent dans l’attente. Ils pourront enfin s’investir dans une bataille dont la portée est de définir un vouloir vivre collectif québécois et une affirmation de celui-ci dans le monde.

Le rayonnement du projet d’indépendance

Le pacte sera, grâce à une plate-forme électorale commune entre les partis et candidats indépendantistes orientée prioritairement sur l’indépendance, un moteur puissant pour faire la promotion de l’indépendance. Avec une élection décisionnelle axée sur l’accession à l’indépendance, le discours politique serait complètement transformé. L’objectif à atteindre serait enfin clarifié et l’option, ouvertement débattue. Le discours indépendantiste, dépouillé de son carcan provincial, porterait sur le véritable enjeu, celui de construire le pays. Et cet enjeu serait mis de l’avant par diverses formations politiques, leur association au sein du pacte révélant l’union à cette fin entre des Québécois et des Québécoises. Pour les Porteurs du pays, le pacte ne doit pas être une coalition stratégique temporaire. Il devrait plutôt être un moteur actif rapidement et en permanence par la suite jusqu’à la reconnaissance du Québec sur la scène internationale. Le projet de pacte n’est pas qu’une réflexion d’ordre stratégique. Il constitue une nouvelle manière d’envisager l’accession à l’indépendance, car avec le pacte et l’élection décisionnelle, les citoyens du Québec ne quémanderont plus leur indépendance. Ils se l’approprieront et la réaliseront, comme l’a si bien dit Pierre Cloutier, en douceur.

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Cette nouvelle manière de faire peut paraître contraignante. Elle l’est, pensons-nous. Aussi, sa diffusion s’avère-t-elle nécessaire. Le fait que le Conseil de la souveraineté (voir le texte de Francine Lavoie, Jacques Leduc et Gordon Lefebvre) la considère témoigne de sa pertinence et de l’intérêt à chercher une issue à l’impasse dans lequel risque de s’embourber le mouvement indépendantiste. Que Vigile ait rendu davantage visible cette nouvelle manière de faire en établissant un lien avec un lieu de débat, le blogue du Rassemblement pour l’indépendance du Québec (RIQ), voilà aussi qui permettra de susciter des échanges et de faire cheminer cette idée.

Pour terminer, il me semble important de revenir sur l’intérêt de cette manière de procéder quant à la reconnaissance de l’indépendance du Québec sur la scène internationale, ce qui est un point incontournable selon René Marcel Sauvé. En effet, si le pacte conduit à un rassemblement interne original, il permet aussi de renforcer, comme l’a signalé Claude Bariteau, la position du Québec sur la scène internationale dans l’éventualité d’un blocage en provenance du Canada. En 1995, le Québec avait un atout important entre les mains, atout que la loi sur la clarté a neutralisé. Avec une élection décisionnelle, le peuple québécois se réapproprie cet atout. Pour ce seul motif, qui est fondamental, un pacte suivi d’une élection décisionnelle va au cœur des choses.

Commentaires

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