9 de 11. L’indépendance tranquille toute en douceur
La stratégie référendaire du Parti québécois sur l’accession à la souveraineté est comme un vieux yogourt dont la date est expirée. Inventée il y a 32 ans par un personnage controversé (Claude Morin), soupçonné « d’intelligence » avec la GRC, à une époque lointaine où les militants souverainistes se réunissaient dans les sous-sols d’église, cette stratégie est devenue, avec le temps, une vieille idée véhiculée par un parti vieillissant incapable de s’adapter à la réalité du XXI siècle.
Même avec un « jeune » chef, une vieille idée est une vieille idée. L’objectif, issu de la stratégie « étapiste » de Claude Morin, est toujours le même : assurer la gouvernance provinciale en attendant le moment propice, auparavant selon la « conjoncture » et maintenant, selon un agenda concocté à l’aide d’une boule de cristal. Pourtant le passé devrait être garant de l’avenir : en 30 ans, 18 ans de gouvernance provinciale, 2 référendums perdus, beaucoup de limousines ministérielles et retour à la case départ. Malgré tout cela, les chefs cuisiniers péquistes veulent encore étirer la sauce.
Seulement à la pensée de revivre un autre choc post-traumatique, les Québécois ont pris en aversion le mot « référendum » et les indépendantistes baillent d’impatience et d’ennui. L’ « étapisme à la Claude Morin » est en train d’agoniser lentement. Ce n’est pas en soi une mauvaise nouvelle, n’en déplaisent aux dinosaures du Parti québécois.
En plus de traumatiser les Québécois, la stratégie référendaire passéiste du PQ les jette dans la gueule du loup fédéral qui attend ce moment avec fébrilité pour envoyer les « séparatistes » dans les poubelles de l’histoire. Le concepteur en second du piège fédéraliste C-20, Stéphane Dion, trépigne d’impatience.
Dans un tel contexte, le mot « souveraineté » lui-même commence à sentir le réchauffé. Les jeunes générations se dispersent en cherchant des idéaux plus globaux ou mondialistes et l’indépendance de la patrie passe en second, après les revendications sociales, les intérêts personnels ou les programmes partisans.
Pour les politiciens professionnels péquistes, le mot souveraineté est devenu une espèce de mantra que l’on répète machinalement et parfois sans grande conviction pour réchauffer l’atmosphère et maintenir un minimum de cohésion. La gouvernance les obsède, au pouvoir comme dans l’Opposition et l’idéal de la « cause » fout le camp. Vive le « réalisme » et le cynisme.
Pendant ce temps, des indépendantistes qui ne s’intéressent pas à la gouvernance provinciale, cherchent des solutions sans tomber dans le piège de la politique professionnelle et partisane. Les Porteurs du pays l’ont fait. Que suggèrent-ils ?
Premièrement : éviter un autre choc post-traumatique et ne pas tenir de référendum sur la « souveraineté » du Québec.
Deuxièmement, créer, autour d’un pacte, une coalition citoyenne, au sein de laquelle les militants des partis politiques pourront se retrouver sans abandonner leurs idéaux sociaux ou leurs intérêts partisans.
Troisièmement, activer le pacte lors des prochaines élections « provinciales » et enclencher la construction du pays si les candidats de la coalition citoyenne au sein du pacte obtiennent la majorité des voix (50 % +1).
À ces idées, j’en ajouterais trois autres.
Comme action prioritaire, je verrais la suppression du poste de lieutenant-gouverneur et son remplacement, de façon temporaire, par la création d’un poste de présidente ou de président avec des pouvoirs précis analogues à ceux d’un président de République, dont ceux de négocier le passage, pour le Québec, du statut de province à celui d’État souverain reconnu par la communauté internationale. Il nommerait aussi le chef du gouvernement et donnerait le mandat à l’Assemblée Nationale de convoquer une Assemblée constituante afin de préparer la future constitution de l’État québécois. Ce poste pourrait être d’une durée de 2 ans, renouvelable pour une période additionnelle de 2 ans.
Comme deuxième action, je verrais l’adoption d’une constitution de type républicain avec élection à la présidence au suffrage universel. La présidente ou le président de la République du Québec serait élu pour une durée de 4 ans, renouvelable pour une période additionnelle de 4 ans. Il aurait comme mandat principal de représenter l’État du Québec sur la scène internationale.
Ces étapes franchies, la troisième action devrait être l’élection d’une nouvelle assemblée législative et d’un nouveau président en vertu de la constitution québécoise.
Pour ce faire, il faut seulement avoir le courage d’abandonner la pensée dogmatique du Parti québécois, sortir des sentiers battus et rompre avec la mentalité de troupeau. Il faut, somme toute, de l’audace, de l’audace et de l’audace, ce qui veut dire de laisser notre peur individuelle et collective au vestiaire. Ça prend un minimum de courage pour créer un pays!
Pourquoi se doter d’un système républicain ? Parce que le peuple québécois n’a jamais été monarchiste et ne le sera jamais et remplacer une vieille institution britannique à laquelle il n’a jamais cru lui semblera tout naturel. Pour y arriver, il suffirait d’inviter les Québécois à le faire par un simple vote, lors d’une élection, sans le traumatisme référendaire. Les Québécois sont prêts pour ce grand saut et peuvent le faire douceur s’ils en ont l’occasion. C’est tout!
Commentaires
Oui! l'idée de promettre de tenir un référendum si on est élu est un piège qu'a inventé Claude Morin. Et nous tournons en rond depuis ce temps! Avant de faire la souveraineté, il faut au moins savoir pourquoi on la fait.
Les députés du Parti québécois auraient intérêt à fouiller du côté des inscrits. Le parti libéral du comté de Mégantic-Compton se fait élire depuis 1970 sans interruption. Le mal, les inscrits.
Quand vient une élection ou une prédiction d'une élection, bien sûr, il est question de faire une assemblée dans le but de choisir un candidat qui représenterait les couleurs du Parti!
Et à toutes les fois, un libéral déguisé en péquiste, se met à vendre des cartes du PQ, souvent le nombre se chiffre à 600. Et vl'an! le candidat ayant vendu le plus de carte du PQ est choisi et là après le PQ se fait rouler dans la farine et les militants comme moi on vient en maudit! de se faire avoir comme ça à toutes les élections.
Mais cette fois, pourrait y avoir un changement, un candidat qui n'est pas de leur gang a toutes les chances d'être choisi à la convention! Si ça se produit, ce ne sera pas seulement les cultivateurs qui vont se vanter d'aller voter!
Salutations
Roch Gosselin
Mégantic-Compton
Postée le: Roch Gosselin | décembre 9, 2006 05:23 PM
Ainsi soit-il !
Postée le: Georges-Étienne Cartier | décembre 9, 2006 09:37 PM
Non, la méthode étapiste du PQ ne convient plus à la réalité du XXIème siècle.
En plus, une grande proportion de la population du Québec est en train de devenir allergique au mot "référendum".
De plus en plus d'indépendantistes se retrouvent avec l'idée d'une élection décisionnelle ou d'une élection sur la souveraineté.
Je suggère qu'une organisation souverainiste fasse un dictionnaire avec les mots que l'on se sert pour notre cause qui serait universelle.
Malheureusement, la population en majorité ne connaissent pas les autres modes d'accessions à l'indépendance du Québec qui sont suggérés par des mouvements comme le votre.
Postée le: christian pelletier | décembre 16, 2006 11:54 AM
Je ne suis pas d'accord avec le principe de la double majorité. Bien sûr, 50% + 1 des voix en plus de la majorité des sièges serait idéal, mais cet objectif est encore plus difficile à atteindre qu'une victoire du OUI à un référendum.
Je ne conteste pas qu'un tel résultat accroîtrait la légitimité de la victoire, mais il ne faut pas rêver en couleurs. Pendant que nous nous arrachons sans cesse davantage le coeur et l'intelligence pour rendre davantage transparent et démocratique des règles qui sont déjà incroyablement bonnasses (il n'y a qu'à penser aux centaines de milliers d'inscrits frauduleux sur les listes électorales qui seront encore là lors de la prochaine consultation populaire, l'argent qui continue à entrer à flot dans les coffres du Parti Libéral alors que les sources de financement du PQ et du BQ s'épuisent), l'ennemi (car c'est le seul mot qui convient, les fédéralistes d'Ottawa et du Québec nous ayant déclaré la guerre en prenant tous les moyens - même occultes voire illégaux - pour faire dérailler le référendum de 1995 et déclencher une offensive tout azimuts d'intoxication pro-Canada à nos frais) ne cesse de renforcer son arsenal juridique et politique et se permet de bafouer toutes les règles les plus élémentaires de la démocratie, de l'intégrité ou de la transparence. Puisque la plupart des États qui ont réussi leur indépendance l'ont réalisé grâce au processus électoral à majorité simple (le même qui a servi au Québec pour entrer dans le Canada en 1867) et que personne n'a contesté l'autorité et la légitimité des gouvernements fédéraux même avec des appuis en deçà de 40%, pourquoi nous acharnons nous toujours à chercher à être plus catholiques que le Pape? N'a-t-on pas déjà perdu assez de temps, d'énergie, d'argent et même de crédibilité pour à nouveau adopter un processus aussi hasardeux qu'un château de cartes?
Le Québec n'a jamais signé la Constitution canadian de 1982. Il n'a pas plus donné son accord à la loi C-20 qui cherche à mettre en tutelle l'autorité de l'Assemblée nationale du Québec. Tout indique à nouveau que le Canada anglais rejette catégoriquement toute concession s'approchant même minimalement des demandes les plus infimes du Québec, et cette situation ne changera pas vu la diminution continue du poids politique et décisionnel du Québec dans la fédération canadian.
Soyons clairs: TOUTE élection ou TOUT référendum dans le présent cadre constitutionnel est futile ou condamné à l'échec. Puisque le Québec revendique le droit du peuple québécois à l'autodétermination et que le Canada vient de nous reconnaître comme nation québécoise, le Parti Québécois ou tout regroupement d'élu(e)s indépendantistes doit solliciter IMMÉDIATEMENT le mandat de mettre en branle le processus de fondation de la République du Québec. Pour ce faire, il doit présenter au peuple une constitution provisoire réputée remplacer la constitution canadian actuelle et des projets de loi créant, entre autres, la citoyenneté québécoise et les institutions démocratiques du nouvel État (Cour Suprême, abolition du poste de gouverneur-général pour le remplacer par un(e) président(e) élu(e) par le peuple, etc.) et ce, AVANT la tenue du prochain scrutin. Donc, il n'y a pas de temps à perdre!
Il est évidemment prévisible que le gouvernement de Leur Majesté cherchera à adopter la ligne dure vis-à-vis un tel gouvernement québécois véritablement national. Sachant déjà sa cause connue du monde entier, le Québec pourra s'adresser aux Nations-Unies pour faire entendre sa cause. Si, en plus d'une majorité d'élu(e)s, ce gouvernement national peut revendiquer un appui populaire de plus de 50%, il n'y a pas de doute que la cause pourra être solide. Sinon, le Québec pourra toujours plaider les difficultés incontrôlables pour faire tenir un référendum décisionnel à majorité simple, à cause de la mauvaise volonté du gouvernement canadian.
Les tenant(e)s de l'élection à double majorité pourront toujours objecter que cette stratégie comporte sa part de risques. Cependant, le risque est encore plus grand dans l'attentisme ou dans une hypothétique alliance qui pourrait tomber pour des motifs idéologiques ou bassement partisans. Je sais que l'électorat s'est parfois manifesté de manière incohérente, mais de là à refuser de s'assumer devant la communauté internationale, il y aurait certainement un pas que des Québécois(e)s bien informé(e)s refuseront de franchir!
Postée le: Luc Bertrand | décembre 19, 2006 10:19 AM
Ce genre d'étapisme a bien fonctionné dans d'autres états, par le passé. Mais il n'existe pas de recette universelle. Et les forces fédéralistes canadiennes sont particulièrement virulentes. Il reste à considérer quelles sont les options pour le mouvement souverainiste; il y en a bien une douzaine qui méritent d'être considérées.
Soit dit en passant, le SNP d'Écosse pourrait bien se faire élire avec un programme étapiste à la Claude Morin. Espérons qu'ils ne passeront pas par les mêmes détours que nous...
Postée le: H. Dufort | mai 4, 2007 12:10 AM